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A découverte du parc national de Tung Yai Naresuan (2ème partie)

A découverte du parc national de Tung Yai Naresuan (2ème partie)

Un dieu vivant :

Le Nouvel An a lieu un mois avant le Nouvel An traditionnellement

fêté en Asie du Sud-Est à partir du treize avril (songkran en thaï). C’est

l’occasion pour les adeptes de l’ordre Telakhon – à l’instar des religions

indiennes où la nature est divinisée – de toute la région de remercier

l’esprit des eaux de bien vouloir leur fournir l’eau nécessaire à la vie en

déposant dans le ruisseau qui traverse le village, des petits radeaux en

bambou chargés d’offrandes (sucreries, riz). C’est ce jour que l’on

prend la mesure de l’état quasi divin de l’isi : les hommes âgés lui

lavent les pieds dans un bain de turmeric (curcuma). Les statues de

Bouddha sont aspergées avec le même liquide, les novices et le

chaman s’inclinent devant le stoupa qui contient 8 cheveux de

Bouddha.

Nous décidons de passer deux nuits à Letongku chez le chef. Le soir

son fils joue de la mandoline. Le chef veut apprendre l’anglais et me

pose des questions sur l’histoire de la Birmanie. Le lendemain, il

m’appelle « professeur ».

Le deuxième jour, coup de chance, nous entendons un hélicoptère de la police des frontières qui vient chercher un fonctionnaire malade pour l’évacuer vers l’hôpital de Umphang.

Nous nous dirigeons rapidement vers l’hélicoptère pour demander au

pilote s’il est d’accord pour nous ramener à Umphang ce qui nous

évitera de marcher encore 5 heures et de faire 90 kms de route. Il est

d’accord.

A notre ravissement, nous survolons des falaises, des rizières

et des forets profondes.

Arrivés à la base de la police des frontières de Umphang, le pilote et ses collègues font une pause et nous proposent de continuer le voyage en hélicoptère pour Tak situé entre Mae sot et Sukhothai. Par la route, il faut compter une journée entière de voiture.

Les hélicoptères de la police et de l’armée thaïe sont des Bell que

l’armée américaine utilisait lors de ses opérations pendant la guerre

du Vietnam. La Thaïlande, pays allié des USA pendant le conflit

indochinois, servait de base à l’US Air force qui a fait don de ses

nombreux hélicoptères lors de son retrait du pays au début des années

70. Les accidents sont fréquents. Nous sommes accueillis par une jeep

et un chauffeur qui nous conduit dans un restaurant réputé aux

abords de la ville. Là nous attendent des officiers de police qui nous

invitent à diner. Nous passons un moment mémorable.

2007: Letongku seuls les végétaliens sont admis au temple :

En 2007, l’isi décrète unilatéralement que seuls les végétaliens

pourront pénétrer dans le temple et participer aux cérémonies, règle

qui doit durer 3 ans et 3 mois. Passé cette période, les non végétaliens

représentant la majorité des habitants de Létongku devraient donc

pouvoir avoir accès au temple.

Arrivée de Hmong des USA :

Fin 2009, un Hmong américain originaire du Laos vient à Létongku

accompagné de deux Hmong thaïs qui lui servent de guide et

interprète. Il est investi d’une mission par son clan et surtout par le

chaman de son clan qui a fait un rêve à savoir que les Hmong de ce

clan seraient originaires de cette région frontalière, un retour aux

sources en quelque sorte, et que les Karen de Letongku sont leurs

frères de sang. Il faut dont les aider. Cet émissaire n’est pas venu les

mains vides, Il a récolté une grosse somme d’argent aux USA (30 000

$), des donations privées afin de construire un temple à l’identique de

celui qui se trouve à Létongku en plus vaste mais côté birman à 2 kms

de la frontière thaïlandaise. De petites maisons en bambou sur pilotis

ont été construites autour du temple pour accueillir les fidèles.

L’un des membres de la communauté Hmong s’est même converti au

culte, porte les vêtements traditionnels que l’on voit à Létongku. Des

jeunes filles sont ordonnées nonnes temporaires.

Le temple  a été inauguré en avril 2011 en présence des militaires birmans. Ces

nouveaux venus de l’ethnie Hmong si éloignés des Karen tant par la

distance que par les traditions et la langue viennent, peut on penser, à

point nommé pour contrer l’influence des missionnaires chrétiens et

permettra a l’ordre Telakon de prendre son essor.

Hélas, l’intransigeance du chaman impose que tous les fidèles soient

végétaliens à vie pour pouvoir participer aux cérémonies rituelles alors

qu’il avait dit qu’il fallait l’être pendant une période de 3 ans et 3 mois

seulement! Il faut savoir que la majorité des habitants de Létongku

consomment de la viande sans laquelle ils ne trouveraient pas

l’énergie nécessaire pour travailler.

Le nouveau temple en Birmanie devient le refuge des orthodoxes. La scission est inévitable. Une vingtaine de familles (y compris mon ami Pa Wa chez qui je logeais) de Létongku abandonnent leur maison, la mettent en vente ou la

démantèlent. Ils vont désormais vivre dans de modestes maisons en

bambous sur pilotis construites autour du nouveau temple.

Novembre 2011 :

Nous, à savoir un groupe  de quatre trekkeurs français et moi–même

assistons au départ des fidèles végétaliens et du chaman pour le

temple flambant neuf à quelques kms de Létongku  de l’autre côté de

la frontière. Les hommes seulement s’allongent sous nos yeux sur le

ventre  à la sortie du temple afin que leur leader spirituel leur marche

dessus, une vénération sans bornes au grand dam des habitants de

Létongku qui ne souhaitaient pas ce départ.

La question de la succession et de l’avenir du culte s’est naturellement

posée.

Qui allait remplacer l’isi ? quelques mois plus tard, Un nouveau

leader spirituel est nommé.

Début décembre 2012, deux trekkeurs français et moi-même sommes

cordialement invités à l’anniversaire de l’Isi (63 ans) dans le village

birman de Kui Le To.

La balade depuis Letongku est superbe. Le chemin, assez large, traverse des plantations de palmiers aréquiers, des bananeraies et des ruisseaux à l’eau limpide. Il n’est pas rare de croiser des bonzes de la forêt itinérants qui méditent dans la nature.

Un simple panneau au bord du sentier indique que nous quittons la

Thaïlande.

Aucun contrôle. La rivière Suriya franchie, nous arrivons en Birmanie. Nous sommes accueillis par mon ami Pa wa qui a servi l’Isi en tant que disciple dans sa jeunesse et nous sert d’interprète thaï-karen. Il a bien sûr suivi son maitre avec sa famille et vit

désormais près du nouveau temple. Sa maison à Letongku est habitée

par son frère. Des centaines de Karen chiquant la noix de bétel en

tenue traditionnelle assis sous des auvents se sont déplacés de

l’intérieur de la Birmanie et de la Thaïlande pour célébrer cet

évènement. L’armée birmane fait partie des invités.

Des ballons multicolores et des inscriptions an anglais et en karen

ornent les maisons et l’entrée du temple et à notre surprise, nous ne

sommes pas les seuls invités étrangers, huit Hmong des Etats-Unis qui

filment la fête sont venus par la route de Rangoun avec un laisser-

passer délivré par un bonze birman.

Sont-ils là en mission ? Quelles sont leurs intentions véritables ? Nous sommes dubitatifs.

Nous sommes conviés à nous adresser à l’assemblée à la tribune, un

moment fort ! Pa wa traduit en karen ce que je lui dis en thaï et moi, je

traduis du  français vers le thaï. Le couple de Français vit un grand

moment! Tour à tour, les Hmong s’expriment tantôt en anglais tantôt

en Hmong. Le repas copieux est strictement végétalien. Nous sommes

les témoins privilégiés que l’aura de l’isi rayonne toujours.

Daniel GERBAULT

Détendeur du certificat d’études Thaïlandais, Daniel Gerbault est un guide en Thaïlande bilingue qui  vous fera découvrir des endroits inexplorés de la Thaïlande depuis 1987. Visitez son site: http://www.apsaraventure.com/

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